Qui suis-je sans mon travail ?

Depuis votre arrêt de travail, vous ne savez peut-être plus très bien qui vous êtes. Le matin, sans agenda, sans réunion, sans mission, il y a un vide étrange.

Qui suis-je sans mon travail ?

Peut-être qu’après un premier arrêt de travail, le besoin a été plus fort d’y retourner, avec ce sentiment d’injustice d’être exclu alors que l’on aime son travail.

« Je n’ai qu’une obsession, reprendre le travail, sinon c’est l’enfer, comme un vide abyssal, insupportable. »

Pourquoi le travail prend autant de place dans notre vie ?

Nous engageons beaucoup de nous-mêmes dans notre métier. En effet, le travail nous offre une occasion d’accéder à la reconnaissance, de répondre à notre besoin d’accomplissement, d’appartenance, d’utilité.

Nous construisons notre identité dès l’enfance mais également, ensuite, à travers notre travail. Celui-ci peut alors jouer le rôle d’une « seconde chance » et nous permettre de trouver des chemins de guérison personnelle. En cela, la place du travail est centrale. C’est tout notre être qui est engagé dans le travail, notre tête autant que notre corps, avec ses lots de désirs, d’émotions, de sentiments, de fantasmes.

Travailler, ce n’est pas seulement appliquer les tâches prescrites par l’organisation du travail, ce n’est pas seulement produire, c’est aussi se transformer soi-même.

C’est découvrir, inventer de nouveaux gestes de métier pour faire face aux aléas, se découvrir des compétences, s’appuyer sur la confiance qu’une hiérarchie peut nous accorder pour travailler en autonomie, prendre de nouvelles responsabilités. Le travail nous confronte à nous-mêmes et peut nous permettre de nous découvrir.

Il peut venir réparer des blessures en nous permettant de trouver une place, une façon d’exister, une reconnaissance, une estime de notre valeur.

Par exemple, enfant timide, élève effacé, adolescent qui doutait de tout et puis, un jour, au travail, une transformation peut s’opérer : vous prenez la parole en réunion, découvrez que ça marche, on vous écoute.

Ou encore, lorsque le parcours scolaire ne fait qu’accroître le doute dans vos capacités et que le travail vient révéler que vous valez quelque chose : on vous fait confiance, on reconnaît votre valeur, vous (re)prenez goût au travail…

Le travail peut renforcer une identité que l’enfance n’avait pas réussi à construire. Dans ce sens, le travail occupe une fonction centrale dans l’équilibre psycho-somatique de chacun. Et de ce fait, quand il laisse cette place à l’épanouissement, le travail est un puissant facteur de la santé mentale, une véritable ressource dans la vie.

Mais quand il déraille, le travail peut nous défaire, nous plonger dans une perte complète de repères.

C’est paradoxal mais le travail peut autant apporter le meilleur, et malheureusement également le pire et atteindre en profondeur notre santé, tant physique que psychique. Et quand nous sommes, malgré nous, obligés de nous en éloigner pour préserver notre santé, c’est notre vie qui peut basculer. Un mal-être d’autant plus grand que le travail pouvait occuper une grande place dans nos vies, dans l’estime de soi.

L’arrêt du travail : la plongée dans une crise identitaire

Quand l’évolution de l’organisation du travail vient écraser les marges de manœuvre, de créativité, obliger à produire un résultat dégradé…

Quand la tyrannie des normes, des chiffres, des objectifs financiers vient creuser l’écart entre la réalité du travail au quotidien et ce qu’attendent les managers, devenus de purs gestionnaires, obsédés par les chiffres, le respect des protocoles…

Alors, ces évolutions des organisations peuvent venir percuter les travailleurs investis, engagés pour servir l’organisation et porter un travail bien fait. Quand les efforts continuent à être donnés pour parvenir à compenser ces contraintes, jour après jour, parfois en augmentant l’intensité, la quantité de travail, en rognant sur sa vie personnelle, et que la reconnaissance ne vient plus, que le sens au travail s’étiole, que les valeurs pour lesquelles le travailleur s’était engagé deviennent un vernis de communication… Une sorte de piège s’ouvre et crée une vulnérabilité.

C’est tout le paradoxe du travail : être à la fois un puissant facteur d’épanouissement et aussi la cause d’une forte dégradation de l’état de santé. Comme un retournement de sa promesse d’épanouissement. Si le plaisir au travail est empêché, cela peut entraîner désillusion, renoncement, maltraitance, avec son lot d’incidences sur la santé.

Et quand l’arrêt du travail s’impose, ce peut être le moment d’une profonde crise identitaire. Le travail a occupé tellement de place que sans lui, je me sens perdu.e, je ne sais plus qui je suis, ce que je vaux finalement, en dehors du travail.

Le processus de guérison peut ici être celui du deuil (refus, révolte, résignation, acceptation, introjection et relèvement), suite à une perte irréversible de l’objet aimé. Ce qui est aimé, ce sont autant les tâches, que l’ensemble de ce qui permettait de les réaliser, véritable incorporation : on pourrait parler d’appropriation par le corps de son travail.

Réapprendre à exister autrement et retrouver son chemin

Faire face à ce vide, ce manque, pour mieux se retrouver ensuite.

Se reconstruire ne signifie pas effacer ce qu’on était. C’est accepter que le travail n’était qu’une partie de soi, et que les autres parties méritent aussi d’exister.

« Qui suis-je sans mon travail ? » est une question simple en apparence. Mais elle touche à quelque chose de profond : notre façon d’exister, notre valeur, notre place parmi les autres.

La traverser seul.e est possible. La traverser accompagné.e est plus doux, et souvent plus fécond.

Un psychologue ou un psychiatre peut vous aider à explorer ce terrain en profondeur. Et si vous cherchez aussi des gens qui ont vécu la même chose, des pairs qui comprennent de l’intérieur ce que vous traversez, c’est exactement ce que nous proposons chez ReBOnDire22.

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